Il a également l'occasion de participer aux enregistrements de
nombreuses musiques de films dont La cité des femmes de
Federico Fellini
(musique de Louis Bacalov)
; La peau de Liliana Cavani (musique de Lalo
Schifrin) et d'autres signées d'Ennio
Moricone, de Piero
Umiliani, de Gianni
Ferrio, etc.
Il
se produit avec diverses formations de musiciens italiens (entre
autres le pianiste Enrico
Pieranunzi, le batteur, Roberto
Gatto, le saxophoniste Maurizio
Gianmarco, le trompettiste
Oscar Valdambrini, le tromboniste
Dino Piana), accompagne des jazzmen américains de passage en
Italie d'abord, puis un peu partout en Europe, au Japon, aux
Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en Afrique, en Russie et dans
les ex pays de l'Est. Riccardo Del Fra est de plus en plus demandé.
Il accompagne un grand nombre de solistes de jazz (Art
Farmer, Dizzy Gillespie, Art Blakey, Sonny Stitt, James Moody, Lee
Konitz, Tommy Flanagan, Kai Winding, Clifford Jordan, Horace
Parlan, Joe Diorio, Kenny Wheeler, Paul Motian, Dave Liebman,
etc.) et est le contrebassiste titulaire de divers groupes
(Barney Wilen, Bob Brookmeyer, Johnny Griffin, Toots Thielemans,
Michel Herr, Charles Loos etc.).
Fin
1979, il joue à Rome avec le trompettiste Chet
Baker. Rencontre décisive, puisqu'il va l'accompagner
neuf ans durant, en Europe, au Japon, pour de longues tournées,
des radios, des télévisions. De cette collaboration, naîtront
douze disques, des vidéos et le film Chet's
romance de Bertrand Fèvre. De Chet Baker,
Riccardo dit « Il a
influencé ma manière de jouer et d'écrire. De la qualité du
son, dans la rondeur et avec un très léger vibrato dans le
sustain, à une relation renouvelée, directe avec la vocalité
dans tout geste instrumental ; de la recherche de construction de
longues phrases traversant les harmonies, à une pensée quasi
constante à la respiration et au silence. »
La
France
Au
début des années 80, installation à Paris, où il fait alors
partie d'une section rythmique très active avec le pianiste Alain
Jean-Marie et le batteur Al
Levitt, tout en continuant à jouer avec Chet
Baker et le pianiste Michel
Graillier.
En
1989, Riccardo Del Fra dédie à Chet
Baker, disparu en mai 88, son disque A
sip of your touch, une série de duos avec Art
Farmer, Dave Liebman, Enrico Pieranunzi, Rachel Gould et Michel
Graillier (Grand prix Fnac 1989). « Ce
fut à la fois pour l'urgence de fixer mon jeu et mes sentiments
de l'époque - dix ans de voyages, de rencontres, d'histoires
pour moi assez extraordinaires, mais aussi de déracinement, de
solitude, de moments difficiles, jusqu'à la mort de Chet -
et en même temps pour clore une période, ouvrir de nouvelles
pages. C'est là que j'ai commencé à travailler la composition,
l'analyse, l'orchestration ».
La
composition, les « rencontres » musicales
Dans
les années 90 le tromboniste et compositeur Bob
Brookmeyer, dont il a suivi les classes de composition à
Cologne, l'invite à faire partie de son quartet. Ils tourneront
ensemble et enregistreront le CD Paris
Suite (Prix de l'Académie du Jazz en 1994).
Musicien
de jazz, mais pas seulement ! Eclectique et sans a priori,
Riccardo Del Fra l'est et le revendique. Il fait des incursions
dans la musique contemporaine : « Je
peux aimer Charlie Parker
autant que Gustav Mahler.
Ornette Coleman, comme Ligeti. J'ai toujours été très sensible à Debussy, très touché par Berg, Dutilleux.Lorsque
j'ai découvert la musique de Toru Takemitsu,
j'ai reçu un véritable choc et j'ai commencé à acheter
beaucoup d'enregistrements de ses compositions, des partitions.
Et là, imaginez la surprise et la joie que j'ai ressenties
quand l'Ensemble 2e2m de Paul Mefano a fait appel à moi pour une
série de concerts et pour un enregistrement de ses musiques. ».
En
1996, c'est à la musique traditionnelle qu'il mêle ses
cordes. La rencontre avec la chanteuse bretonne Annie
Ebrel donnera vie à un duo très particulier et une création
au Théâtre de Quimper, Douar
Glizh, puis l'enregistrement du CD Voulouz
Loar - Velluto di Luna, Choc du Monde
de la Musique et Diapason d'or de l'année 1999. « . Avec
Annie, je retrouve une forme de chant primordial, à la fois très
puissant et naïf, naturel, avec lequel je peux dialoguer par des
gestes simples en apparence, mais qui nécessitent beaucoup de
retenue et qui peuvent impliquer et suggérer des rythmes et des
harmonies bien plus complexes et sophistiqués. ».
En
2001, le duo s'est entouré d'invités :
Paolo Fresu à la trompette et au bugle, Laurent
Dehors aux clarinettes, Kuljit
Bhamra aux tabla et Jean-Luc
Landsweerdt aux percussions, pour créer Flouradenn
à Paris, au Théâtre des Abbesses (Théâtre de la Ville). Du
spectacle est né un groupe. Après avoir joué à nouveau à
Paris et en province au printemps 2002, il a tourné également en
2003 (un régional tour pour l'Europa Jazz Festival du Mans, Chalon en Champagne, Espace Glenmor
de Carhaix, nouveau Grand Théâtre de Lorient).
Le
duo est régulièrement invité dans des festivals de jazz et de
musiques actuelles (entre autres : festival de Jazz de
Grenoble 2004, Una striscia di terra feconda 2004 à Rome,
Djangos d'Or 2004 à Paris, festival Les Suds à Arles, Jazz à
Junas, à la Cité de la Musique et au Cri du Port à Marseille,
Lyon, Nantes, Toulouse, au Festival de Québec, à celui des
Vieilles Charrues de Carhaix, Moscou, Poznan, Zurich, Genève,
Turin, Nuoro.) et tout récemment à la Maison de la Culture
d'Amiens et en Norvège pour le Vossa Jazz Festival.
Le
cinéma
Si
la musique est entrée très tôt dans la vie de Riccardo Del Fra,
le cinéma a également nourri son enfance : « Ma
mère adorait le cinéma et beaucoup de ses musiques.et dans les
années 60, la télé italienne passait un nombre incroyable de
films dès 11 heures du matin, sur trois chaînes. On se préparait,
on attendait, c'était comme un rituel. ». Devenu
musicien, il a participé à des enregistrements de musiques de
films et non des moindres : « Comment
oublier celui de la musique de Louis Bacalov pour La Cité des femmes. Fellini
était là, dans le studio,
et il supervisait, pas loin de moi et de ma contrebasse, le
travail du compositeur qui succédait à Nino Rota. ». Depuis
plusieurs années, il compose à son tour pour le cinéma, et
particulièrement pour le cinéaste acteur-réalisateur belge
Lucas Belvaux. « La rencontre avec Lucas a été
extrêmement importante aussi pour la réflexion sur la
dramaturgie du geste musical ». Il a écrit la musique
de ses films pour le cinéma depuis Pour
rire avec Ornella Muti et Jean-Pierre Léaud,(1996)
; la Trilogie : Un couple épatant
- Cavale - Après la vie, avec les trois couples : Ornella
Muti et François Morel, Catherine Frot et Lucas Belvaux, Dominique Blanc
et Gilbert Melki, (2002)
ou pour la télévision Mère
de toxico avec Valérie
Mairesse et Jérémie Rénier,
(2000); et bientôt, toujours pour le petit écran, « Nature
contre nature ».
L'enseignement
et la transmission
En
septembre 2004, il a été nommé responsable du Département Jazz
et Musiques Improvisées au Conservatoire National Supérieur de
Musique et de Danse de Paris, où, en 1998, il avait pris la
succession, comme enseignant, du contrebassiste Jean-François
Jenny-Clark.
La
volonté de décloisonner, le désir d'élargir les champs
d'action et d'interaction sont au cour de son travail au
conservatoire (comme dans sa propre musique), où il souhaite
ouvrir des fenêtres, construire des passerelles, aménager des
rencontres entre « LES mondes du jazz et LES
mondes du classique et du contemporain » ainsi que des
collaborations avec d'autres disciplines du CNSMDP, comme la
danse par exemple. Les master classes s'élargissent avec des
invitations de personnalités venant d'autres horizons : le
pianiste Michael Levinas
a donné un cours d'analyse sur l'ouvre pianistique de Debussy, l'organiste et professeur d'Analyse Musicale Alain
Mabit est venu présenter le travail d'Olivier
Messiaen (avec une analyse du 1er Mouvement du
Quatuor pour la Fin du Temps) ; toujours du jazz et de la
musique improvisée aussi, bien sûr, mais dans ses différentes
esthétiques (récemment Joey
Baron, Enrico Rava, Alain
Jean-Marie, André Villeger, Bruno
Chevillon et, prochainement Archie
Shepp, Barry Guy, Henri
Texier, Daniel Humair, Louis Sclavis.).
Dans le cadre des « aspects pratiques du métier »
sont également invités des directeurs de festivals, de
structures de diffusion et des journalistes.
Pour
Riccardo Del Fra « la
transmission aux nouvelles générations de musiciens passe par la
technique, le mode de jeu, la connaissance de l'histoire, du répertoire,
certes, mais nous devons aussi savoir être à l'écoute du
jeune musicien et de son potentiel pour qu'il puisse s'élever
et aller au plus près de lui-même.
"Le
professeur" est un musicien actif, "l'élève"
est un jeune collègue en devenir. J'insiste
sur l'ouverture, la disponibilité et l'humilité - il faut
tout à la fois savoir écouter l'autre et savoir s'écouter
soi-même - mais
aussi sur l'importance du "dit" et du "non-dit", de
"l'écrit" et du "non-écrit", sur le "suggéré"
et/ou le "sous-jacent" dans la conception de l'ouvre
musicale, écrite ou improvisée».
Le
disque Roses and Roots témoigne
aussi du plaisir de travailler mais aussi de se ressourcer avec de
jeunes musiciens, car tous (hormis Joey
Baron bien sûr) sont issus du CNSMDP.
En 2003, il a été nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des
Lettres par le ministère de la Culture et de la Communication.
Discogra
Discographie
sélective :
Roses
& Roots, Jazoo
Project de Riccardo Del Fra (Nocturne
- NTCD 373 / 2005)
Ephéméra,
Jacques Pellen (Naïve
- Y 226 188 / 2003)
Leve
muito leve, Jean-Marie
Machado (hortus
H 100 / 2003 )
Un
couple épatant - Cavale - Après la vie - Riccardo
Del Fra,
bande originale des films de la trilogie de Lucas Belvaux
(Universal
- La Bande Son - LC 073 40 / 2002)
Le
jazz est un roman,
Alain Gerber (OWL - Universal
- 064 160 2 / 2002)
Overnight,
John
Taylor, Kenny Wheeler, Riccardo Del Fra
(Sketch
333022 - Harmonia
Mundi / 2002)
Lyrisme,
Jean-Marie
Machado (Sony
Music - JMS 18719-2 /
2001)
Inner
traces - a Kenny Wheeler songbook,
Thierry Peala (Naïve
LC 09676/ 2001)
Soft
talk,
Michel Graillier / Riccardo
Del Fra (Sketch
333014
/ 2000)
Double
take - Joe
Dorio / Riccardo Del Fra (ram
records - RMCD 4502 / 1998)
Voulouz
Loar - Velluto di Luna, Annie
Ebrel / Riccardo Del Fra
(GWP
016
/ 1998)
Sorcerez
- Jacques
Pellen / Riccardo Del
Fra (GWP
011 / 1995)
Paris
Suite,
Bob Brookmeyer New Quartet (Challenge
- CHR 700 26 / 1995)
A
sip of your touch,
Riccardo Del Fra (Ida
Records 021 CD / 1989)
French
Ballads,
Barney Wilen, (Ida
Records 014 CD/ 1987)
La
Note Bleue, Barney
Wilen, (Ida
Records 010 CD/ 1986)
Chet
Baker sings again,
Chet Baker Quartet (Timeless
SPJ 238 / 1986)
Chet
Baker trio Live at the Ronnie Scott's,
CD (Jazzdoor JD 12118)
et DVD - Wadham
Film - Hendring / 1986
Mr.B.
Chet Baker trio (Timeless
SPJ 192 / 1983)